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ToggleSuis-je vraiment à ma place ?
Ou comment consentir à une vie qu’on n’a pas tout à fait choisie
CETTE QUESTION QUI REVIENS ENCORE ET ENCORE
« Je ne suis peut-être pas à ma place. » Combien de fois ai-je murmuré cette phrase, à moi-même, entre deux silences ? Elle revient, tenace, comme un caillou dans la chaussure qu’on oublie… jusqu’à ce qu’on remarche.
Être à sa place. On en parle partout dans les podcasts de développement personnel, autour des tables du dîner, dans les cabinets de thérapeutes. Et pourtant, cette notion reste floue, mouvante, presque insaisissable. Pour moi, elle désigne l’endroit physique, affectif, professionnel où je m’accomplis vraiment, où mes talents ont de l’espace pour respirer, où je me sens enfin moi.
CE QUE "SA PLACE" VEUT DIRE CONCRETEMENT
Être à sa place, c’est vivre des actions et faire des choix qui reflètent mes valeurs profondes et mes besoins réels. C’est un état pas forcément un lieu fixe dans lequel je suis pleinement moi-même.
Et cette place n’est pas figée. Elle évolue avec les années, avec les épreuves, avec les renoncements et les découvertes. Ce qui me comblait à trente ans ne me suffit plus forcément à cinquante ans. C’est normal. C’est même signe de vie.
QUAN ON NE S'Y TROMPE PAS: LES SIGNAUX DU DECALAGE
Quand je ne suis pas à ma place, mon corps le sait avant ma tête. S’installe alors un écart douloureux entre ce à quoi j’aspire et ce que je vis réellement.
Je peux me sentir invisible. Illégitime. J’ai parfois envie d’imiter les autres ceux qui semblent tellement à leur place, eux plutôt que de déployer mes propres talents. Ou alors je compense en faisant trop, pour être reconnue, pour exister.
Chercher à répondre uniquement aux attentes extérieures de la famille, du milieu social, des modèles qu’on m’a proposés finit par m’éloigner de moi-même. Ce n’est pas une trahison des autres. C’est surtout une trahison de soi.
TROIS PORTE D'ENTREE VERS SA PLACE
Il existe heureusement des chemins pour se retrouver. J’en distingue trois, qui s’entrelacent souvent.
Le lieu. Certains endroits me font l’effet d’un retour à la maison, même si je n’y vis plus. Pour moi, c’est une maison chargée de belles mémoires, notre mas au pied des Dentelles de Montmirail, où j’ai vécu mes plus belles années. Rien qu’y penser, quelque chose en moi se détend. Ce peut être un lieu de vacances, un espace de ressourcement, un endroit spirituel n’importe quel espace où je me sens attendue avec bienveillance.
L’activité. Il existe une activité le dessin, la randonnée, la cuisine, les jeux vidéo, peu importe dans laquelle je découvre mes talents et j’éprouve du plaisir. Si tu peines à trouver la tienne, je t’invite à remonter à l’enfance : qu’est-ce qui te faisait perdre la notion du temps ? C’est souvent encore là, quelque part, qui t’attend.
Le lien. Une relation dans laquelle je me sens reconnue pour ce que je suis vraiment pas pour le rôle que je joue. Un lien d’amour, d’amitié, parfois spirituel ou intellectuel. Ces liens là nourrissent l’âme d’une façon que rien d’autre ne peut tout à fait remplacer.
Fréquenter l’un de ces trois domaines même brièvement engendre de la paix intérieure et ce sentiment précieux d’être ici, bien, moi.
LE LIEU LE PLUS INTIME: MON PROPRE CORPS
Il y a une quatrième porte, plus surprenante. La plus proche aussi.
Mon corps est à la fois un lieu (je l’habite), un lien (il me connaît par cœur, mieux que personne), et une activité (c’est par lui que j’agis, que je ressens, que j’existe). Être à ma place commence par être bien dans ma peau pas au sens esthétique, mais au sens profond : ne pas me fuir.
Ma place, c’est d’être avec moi, et non étrangère à moi. D’être actrice de ma vie, et non spectatrice.
Je peux avoir le travail de mes rêves, la santé, l’amour si je me suis perdue en chemin, je passe à côté de tout ça. Le bonheur ne se regarde pas de loin.
ET QUAND LA VIE IMPOSE CE QUE L'ON A PAS CHOISI ?
C’est là que ça se complique. Et que ça devient, peut-être, le plus beau défi.
Parfois, écouter les signaux de mon corps me place face à un conflit de loyauté douloureux. Si j’écoute mon besoin de repos, je ne peux plus être présente pour mon parent qui souffre ou pour mon conjoint qui a besoin de surveillance. La réalité s’impose, lourde, sans avoir demandé mon avis.
Alors je me pose deux questions simples, mais décisives :
Quel espace puis-je trouver même quelques minutes pour reprendre mon souffle et tenir jusqu’à la fin de la journée ?
Quelle aide puis-je chercher pour ne pas tout porter seule ?
Cette situation que je n’ai pas choisie n’est peut-être pas ma place rêvée. Mais si je reste reliée à moi-même si je trouve, même dans l’interstice d’une journée difficile, ce lieu, ce lien ou cette activité qui me ressource alors quelque chose change.
CONSENTIR PAS SUBIR
Pas à pas, en habitant sereinement mon corps et en consentant à une réalité que je n’ai pas choisie, je peux dire oui à cette place là auprès de celui ou celle que j’accompagne et moins la subir.
Ce n’est pas de la résignation. C’est une forme de liberté intérieure.
La relation la plus importante de ma vie est celle que j’ai avec moi-même. C’est elle qui m’empêche de passer à côté de ma propre vie même quand cette vie ressemble à ce que je n’avais pas prévu.
Tout cela s’expérimente. Ce sont des essais, des remises en question, des renoncements, de nouveaux choix. Et dans ce chemin, tu as le droit à de la douceur, du temps et de la bienveillance.
Envers toi-même, d’abord.
Et toi où est-ce que tu te sens à ta place ? Nanette

