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ToggleTERMINER SA JOURNEE PAISIBLEMENT
Nos journées d’aidante et maman sont bien remplies. Elles sont habitées par la présence de ce membre de notre famille devenu dépendant de nous.
Quand la journée touche à sa fin nous sommes envahies par différentes attitudes et pensées, conscientes ou inconscientes. Cela colore notre sommeil et donc notre ressourcement.
LA FIN DE JOURNEE UNE PERIODE SPECIALE
C’est un soulagement : Je suis rassurée d’avoir survécu à une journée de plus malgré l’épuisement. Mon aidé me demande beaucoup d’énergie. J’avances au jour le jour. Je sais que l’aidance est une course de fond, que je dois tenir dans la durée. Chaque journée a son lot de défis à relever : la terminer est une victoire
C’est une satisfaction : J’ai mené à bien certaines tâches. J’ai senti que ce que je faisais était à ma place.
C’est une gratitude : quel que soit ce que j’ai entrepris, il y a de belles choses à célébrer. J’ai fait ce que j’ai pu. Je sais reconnaitre, savourer et donner de la place à ce qui est beau même si ce sont des détails : le sourire de mon aidé à un moment, une complicité de quelques instants, un peu de tendresse reçue ou juste un petit vent frais venu balayer quelques secondes mon visage.
C’est une culpabilité : je ne me suis pas sentie à la hauteur de ce que je penses que mon aidé ou les autres attendaient peut-être de moi. J’aimerais donner plus et j’ai l’impression de ne jamais en faire assez. Je ressasses sans doute les réflexions et les demandes de mon entourage qui me mettent la barre trop haute.
C’est un agacement : je n’as pas rayé toute ma to-do-list. J’ai tendance à me dévaloriser ou à être très exigeante avec moi-même.
C’est un énervement : les imprévus ont été trop nombreux et les choses ne se sont pas passés comme je voulais. J’en veux à mon entourage : ceux sur qui je comptais et qui ne sont finalement pas fiables, mon aidé qui me demande de plus en plus de disponibilité ou encore mes propres limites qui me rappellent que je ne peux pas tout faire.
Un cocktail de toutes ces situations. En effet, des ressentis apparemment contradictoires cohabitent parfois en nous. Du « up », du « down » et parfois même des sensations bien difficiles à identifier. C’est normal.
Tu as peut-être connu tous ces cas de figure en fonction de ta période de vie, de celle de ton aidé, de ton caractère ou de certaines conditions de vie.
Chaque soir est différent.
COMMENT JE TERMINE MA JOURNEE POUR AVOIR UNE NUIT PLUS SEREINE ?
Le repas du soir est terminé et rangé. Pour celles qui ont des enfants, ces derniers sont couchés. Le temps de travail est fini et notre réserve d’énergie est au plus bas. Nous savons que nous avons besoin d’aller nous coucher. Il existe des conseils efficaces pour petit à petit apaiser son corps et son mental quand le soir arrive. Nous en avons besoin pour nous endormir : baisser les activités stimulantes, stopper les écrans, atténuer la luminosité, manger léger, mettre en place des rituels…
Je te livre ici une pratique qui a m’a permis de me poser et de faire une transition entre le jour et la nuit. Elle fait partie des rituels. Il s’agit de ce qu’on appelle le journaling. Je t’explique ce que j’ai découvert à travers cette pratique.
J’ai un carnet avec pour chaque jour de l’année, une page à remplir. Il est posé avec un crayon sur ma table de nuit. Chaque soir j’écris à la date du jour ce que j’ai vécu. C’est parfois un combat car ça prend un peu de temps et je sens ma flemme de faire quelque chose en plus.
Je sais cependant que depuis que j’ai cette habitude, ma fin de journée et mon début de nuit sont transformés. C’est un peu comme si en me couchant, je retirais ma « blouse d’aidante » comme le font certains soignants en quittant leur lieu de travail. Ce n’est pas magique, c’est un moyen pour prendre soin de moi.
ME RESSOURCER DANS LE SOMMEIL EN ETANT PLUS SEREINE
Tout d’abord je me pose. Je retrouve mon carnet et mon stylo et je m’assois (ou coucher : je fais cela parfois allongée). C’est une première décélération.
Pour retracer le fil de ma journée je suis obligée de me mettre à mon écoute : mon mental est parfois bien actif. Faire quelques respirations conscientes permet de me reconnecter à mon corps. L’intention n’est pas de se flageller en regardant ce que nous n’avons pas fait. C’est voir la réalité de notre journée et de ce que nous vivons.
Puis vient le temps de l’écriture. Pas besoin d’être Victor Hugo. Juste j’écrit quelques faits, des impressions, des ressentis. Un bon moyen de démêler ce qui m’habite, de comprendre pourquoi une chose m’a paru pénible ou angoissante. L’occasion de revenir sur un moment agréable et de le savourer à nouveau. C’est aussi dire une souffrance et rester quelques secondes avec ses mots. C’est enfin accepter de rester avec soi et de nommer des événements qu’on n’a pas pris le temps de vivre pleinement : « j’ai emmené mon mari chez le médecin. Il nous a parlé de pistes à explorer pour lui permettre de moins souffrir : je ressens de l’espoir pour lui, un soulagement et la lassitude d’un énième traitement à mettre en place avec encore des rendez-vous à prendre ». Espoir/ soulagement/ appréhension /peur de la déception : tout cela cohabite et constitue les facettes d’une réalité. L’espoir et le soulagement n’annulent pas l’appréhension et la peur. Je peux savourer les premiers et consentir à la présence des seconds.
Qu’ai-je fait ce matin ? Parfois je suis bien fatiguée et je dois réfléchir. En désespoir de cause, je peux regarder mon agenda. Tout est cependant écrit dans ma mémoire. Pour la recontacter le meilleur moyen est d’être présente à mon corps pour apaiser mon mental. Si je me souviens, je note ce que j’ai vécu. Je peux choisir de trouver dans une action pénible un petit quelque chose qui a été plus facile, un petit clin d’œil de là-haut qui me donne du courage, de la joie ou m’ouvre la porte de l’humour sur moi-même. Ce que j’écris n’est pas forcément dans l’ordre chronologique. Personne ne le lira, sauf moi.
Une fois les mots posés sur le papier, la tension peut doucement se dénouer. Mon cerveau y voit plus clair. Si je reste inquiète sur un sujet, je peux l’écrire. Je discerne. Il y a ce qui dépend de moi et que je vais faire demain. Il y a aussi ce qui ne dépend pas de moi et la façon dont je peux essayer de choisir de le vivre. Ce n’est pas magique mais ça a sauvé nombre de mes nuits.
Écrire une action c’est noté dans notre tête qu’elle est terminée. C’est acter que nous avons fait cette chose jusqu’au bout : l’obtention d’un nouveau document à joindre au dossier MDPH par exemple ou un rendez-vous pris avec un spécialiste. Peut-être juste avoir lavé la vaisselle du jour. Je peux dire que c’est derrière moi et me féliciter de l’avoir fait.
La journée est terminée : parfois je me dis que j’ai réussis à survivre à la fatigue qui m’habite. J’ai posé les petits pas que je pouvais poser et je peux être fière de cela. C’est fini. Demain sera un autre jour.
Ce moment d’écriture est aussi l’occasion de noter une gratitude et de la savourer. La pire des journées nous offre toujours des moments pour contacter la force de la vie : une belle lumière, une ombre bienfaisante, une boisson fraîche. Nous pouvons choisir de les intégrer à notre quotidien.
Je t’invite à prendre conscience de ce qui t’habite quand tu vas te coucher. A faire un break entre l’intensité de ce que tu as vécu dans la journée et l’inconnu du lendemain. Tu peux poser sur le papier la lourdeur et la légèreté, ce qui t’inquiète pour demain ou ce que tu ne veux pas oublier. Tu peux en profiter pour savourer une deuxième fois ce qui a été beau et bon pour toi. Ce n’est pas magique, c’est juste offrir à la météo de ton cœur une façon de se dire et de s’apaiser. Prête à te lancer dans cette belle pratique ?
Shizuki

